Pas 2 | Le corse, comment ça s’écrit ?

Des sons (phonèmes) vers les lettres représentant ces sons (graphèmes),
voilà l’objet de ce deuxième pas :
comment s’écrit ce que j’entends (et corollairement, comment prononcer ce que je lis).

De l’oral vers l’écrit : c’est pour moitié (avec la conscience de la diversité et de l’unicité de la langue corse) ce qui guide ma démarche.
De l’oral vers l’écrit : c’est inscrit dans l’histoire de la langue corse qui n’a commencé à être écrite qu’à partir du XIXe siècle. Son système graphique a continué d’évoluer durant le XXe siècle, non sans polémiques et débats.

Certains de ces désaccords semblent persister encore aujourd’hui.
Je redoute donc doublement de me tromper désormais.
Peut-être qu’en tentant de discerner les lignes directrices qui ont été suivies par ceux qui ont établi le système graphique corse,
peut-être qu’en essayant de distinguer et de comprendre les éléments qui ont motivé leurs réflexions et suscité leurs décisions,
peut-être alors aurai-je les outils qui me permettront d’éviter, en partie, certains écueils que je vois poindre au loin.

À la lecture :

il semble que l’élaboration du système graphique repose sur un équilibre.

Un équilibre entre :
– une observation attentive de l’usage, liée à une volonté de transcrire le plus phonétiquement possible la langue orale 1
– un désir de rigueur et de cohérence pour l’ensemble du système graphique corse 2
– une conscience étymologique 3
– un souci de clarté (qui se traduit par l’élimination des risques de confusion) 4

Certains points de dissensions apparus au cours de la mise en écrit de la langue corse :

  • confirment l’importance accordée à la clarté (de transcription et de lecture, tant en excluant les lettres qui n’ont "pas d’utilité" qu’en écartant les risques de confusion) par les acteurs de l’élaboration du système graphique corse et soulignent la tension qui peut naître quelquefois entre démarche phonétique et démarche étymologique. 5

  • révèlent que les choix faits sont parfois guidés par des mobiles plus identitaires, tels que :
    > la manière de situer la langue corse par rapport à d’autres systèmes graphiques (que ce soit en s’inspirant de systèmes déjà existants mais qui ne peuvent pas rendre compte des spécificités de la phonétique corse) 6 ou en voulant au contraire se différencier de ces systèmes au détriment parfois (selon de nombreux protagonistes de cette histoire) de la lisibilité 7
    > la conscience de la diversité de prononciation suivant les microrégions 8 et le souhait d’établir un système graphique unique qui respecte cependant chaque variété de la langue corse en tant que langue polynomique 9

 

Bon.
Pourvu que cette modeste investigation préliminaire et les impressions (que j’espère le moins erronées possible) qui en sont nées m’aident à faire les bons choix lorsque des hésitations surgiront…

 
Maintenant, il ne reste plus qu’à commencer à apprendre "à lire et à écrire", pour mieux revenir plus tard sur certains points de l’élaboration de ce système graphique en temps et en heure.
 
 


  1. Travail commencé au XIXe siècle par Francesco Domenico Falcucci (1835-1902), et qui s’est poursuivit au XXe siècle, notamment avec Paul Arrighi (1895-1975) (cf. A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, les acteurs). 
  2. Ex. : l’élaboration de la graphie des chuintantes SCE, SCI et SGE, SGI, depuis Paul-Mathieu de la Foata ((1817-1899) jusqu’à Pascal Marchetti (né en 1925)) (cf. A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, SGI, SCI). 
  3. Cf. A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, le H
  4. Ex. : A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, la fonction de l’aletta
  5. Ex. : A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, le H (« En corse, pour le verbe avè, l’utilité du maintien du h ne subsiste qu’à la troisième personne du singulier hà (il a) à distinguer de à (préposition). ») et L’invitu – A lingua corsa, 3 – Les problèmes de l’écriture corse (« Pourquoi n’être pas allé au bout de l’étymologie en orthographiant "havè" plutôt que "avè" ? ») 
  6. Cf. A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, l’intricciate
  7. Cf. A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, Les monosyllabes soudées
  8. Cf. A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, les acteurs
  9. Cf. A lingua corsa – Histoire de l’écriture corse, a cunsunatura capunanzu et L’invitu – A lingua corsa, l’opposition Nord-Sud dans la graphie (« Le système adopté a l’immense avantage de permettre de prendre en compte les variantes de prononciation locales »). Note personnelle sur la cunsunatura : j’ai commencé (un tout petit peu), sans savoir que ça s’appelait ainsi, à établir la cunsunatura  (prédétermination consonantique) propre à ‘U Paesi’ (différente évidemment de celle d’autres localités). Il faudra la continuer, au fur et à mesure. 

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